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6 augustus 2026

75 ans à apprendre ensemble : Accompagner dans l’enseignement : voir réellement l’enfant

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Un changement s'opère actuellement dans l'enseignement. Une révolution silencieuse qui ne concerne pas tant les technologies ou les nouvelles méthodes pédagogiques que quelque chose de bien plus essentiel : la manière dont nous considérons les élèves. Là où les enseignants étaient autrefois principalement des transmetteurs de savoir, on attend aujourd’hui d’eux qu’ils soient aussi des accompagnateurs. Des coachs qui aident les élèves à naviguer dans un monde de plus en plus complexe.

Mais qu’est-ce que cela signifie en pratique ? Comment guider individuellement 25 élèves ou plus lorsque chaque enfant avance à son propre rythme, avec ses propres défis et ses propres besoins ? Et de quoi les enseignants ont-ils eux-mêmes besoin pour assumer ce rôle essentiel d’accompagnement ?

Trois experts de terrain se sont penchés sur ces questions : Marie-Laure Dessaer, professeure de français, Nicolas Piraux, parent de deux enfants scolarisés, et Claudine Weyn, CEO de Plantyn.

Se demander : « Qui est cet enfant » ?

« Pour nous, en tant qu’école bienveillante, l’accompagnement consiste à « voir » l’enfant, à se demander « Qui est cet enfant ? » ».

Par ces mots, Marie-Laure Dessaer touche immédiatement à l’essence de ce qu’est un bon accompagnement. Il ne s’agit pas de voir un enfant comme une partie d’une classe, comme l’un des vingt-cinq. Il s’agit de voir cet enfant comme un individu unique, avec son histoire, ses talents et ses défis.

« Il faut investir du temps et de l’énergie pour réellement apprendre à connaître les enfants », explique-t-elle. « Voir clairement qui ils sont, ce dont ils ont besoin. Tout le monde ne rentre pas dans la même case. »

Cela paraît évident. Pourtant, dans le rythme chargé d’une journée d’école, entre la préparation des cours, l’administration, les évaluations et toutes les autres tâches qui incombent aux enseignants, il est difficile de créer ce temps et cet espace pour chaque enfant.

Nicolas Piraux reconnaît cette complexité : « En tant que parents, nous réalisons que nous attendons de plus en plus des enseignants. » Il fait le parallèle avec l'époque où il allait à l'école, il y a 40 ans : « J’ai l’impression qu’à l’époque, les enseignants accordaient moins d’importance à l’accompagnement individuel. »

D'une organisation classique à une véritable communauté d'apprentissage

Certaines écoles sont allées très loin dans cette vision et ont entièrement repensé leur organisation. Marie-Laure décrit comment son établissement s’est éloigné de la structure classique : « Nous ne travaillons plus avec des professeurs titulaires de classe responsables de 25 élèves à la fois. Chez nous, un professeur se consacre à huit élèves maximum », explique-t-elle.

Dans ce modèle, chaque enseignant joue un rôle de mentor, mais pas selon l’approche classique du « modèle unique ». Il s’agit d’un accompagnement sur mesure. « Cela nous donne la possibilité de considérer chaque élève individuellement et de nous concentrer sur ses besoins spécifiques », ajoute Marie-Laure.

C'est un choix radical qui n'est peut-être pas à la portée de toutes les écoles. Mais il illustre jusqu’où certaines sont prêtes à aller pour respecter l’individualité de chaque élève.

Le changement : du savoir à l’enfant

Claudine Weyn résume une évolution plus large que l'on observe aujourd'hui dans l'ensemble du monde de l'enseignement : « L’enseignant ne se consacre plus uniquement à la transmission des connaissances, mais aussi au développement des compétences et surtout à voir l’enfant comme un individu. »

Ce passage d’une transmission de savoir à un accompagnement total reflète la situation actuelle de l’enseignement. Bien sûr, le transfert des connaissances reste essentiel. Les enfants doivent toujours apprendre à calculer, maîtriser des langues et acquérir des repères en histoire comme en sciences, mais le rôle de l’enseignant s’est considérablement élargi.

Ce n’est pas une tâche facile. Cela exige des enseignants qu’ils soient non seulement compétents dans leur(s) matière(s), mais aussi au niveau relationnel. Il s'agit d'accompagner le développement socio-émotionnel des élèves. Apprendre aux élèves à collaborer, à communiquer, à faire face aux difficultés. Mais aussi les aider à découvrir leurs talents et les accompagner dans leurs choix.

La connexion est la clé

L'une des réflexions les plus marquantes de cet échange est celle de Marie-Laure, lorsqu’elle décrit la force du lien personnel : « En créant un lien avec les élèves, ceux-ci font beaucoup plus d'efforts pour vous en tant que personne que pour la matière elle-même. »

C’est une réalité que tout enseignant expérimenté reconnait. Les élèves ne font pas tant des efforts « pour les mathématiques » ou « pour le français », mais pour l’enseignant avec qui ils ont une relation. Pour celui ou celle qui croit en eux. Qui les voit tels qu’ils sont. Ce lien personnel constitue la base d’un accompagnement efficace.

Les enseignants ont aussi besoin d’accompagnement

La discussion soulève également une évidence : les enseignants ne peuvent pas y arriver seuls. Si nous attendons d'eux qu'ils accompagnent individuellement leurs élèves, nous devons également les soutenir dans ce rôle.

Ce soutien est crucial. Car comment attendre des enseignants qu’ils guident les élèves s’ils ne sont eux-mêmes pas accompagnés ? S’ils ne disposent pas de l’espace nécessaire pour évoluer et apprendre ?

Les écoles qui réussissent bien dans ce domaine investissent dans leurs équipes. Elles créent des moments d’échange, de concertation autour des élèves en difficulté et de partage de bonnes pratiques. Elles veillent à ce que les enseignants ne soient pas seuls face à leur mission de répondre aux besoins de chaque enfant.

Qu’est-ce que cela signifie pour demain ?

À la lumière de cette réflexion, il apparaît clairement que l’accompagnement n’est pas un luxe que l’on s’offre quand on a du temps libre. C’est l’essence même de l’enseignement. Voir l’enfant, réellement, et l’accompagner dans son développement : voilà le cœur du métier.

Cela implique plusieurs choses. Cela implique que les écoles mettent en place des structures permettant d'accorder cette attention individuelle. Cela implique que les équipes assument ensemble la responsabilité de tous les élèves. Cela implique que les enseignants accordent autant d'importance aux compétences relationnelles qu'aux connaissances liées à leur(s) matière(s).

Et peut-être encore plus important, cela suppose un système qui soutient les enseignants dans ce rôle. Qui ne les accable pas de tâches administratives et d’obligations, mais qui leur donne la liberté de faire ce qu’ils ont choisi de faire : accompagner les enfants dans leur développement.

Car, au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit. Permettre à chaque enfant de se sentir vu, reconnu et soutenu.

Ce n'est pas un idéal inaccessible. C'est une réalité qui se vit chaque jour dans les classes où les enseignants prennent le temps de se poser une question essentielle : « Qui est cet enfant ? »

Parce que chaque enfant mérite d'être réellement vu.

Curieux de découvrir l’intégralité de la discussion ?

Cet article fait partie de la série vidéo « 75 ans à apprendre ensemble » de Plantyn. Découvrez l’intégralité de la discussion consacrée à l’innovation sur https://www.plantyn.com/fr-BE/75ans.

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